Le Dysmorphobe

Un récit de MzR publié sur Novelarium


Otto se regardait dans le miroir matin et soir et détestait ce qu’il voyait. Il s’imaginait sans cesse que des mains géantes palpaient son corps nu à la recherche de la moindre anomalie. Des doigts d’artiste retravaillaient sa peau distendue comme de la glaise afin d’en redéfinir les contours, ou d’en estomper les plus petites aspérités. Il rêvait parfois qu’il se tenait debout et pivotait sur un tour de poterie, et qu’un potier mystérieux pétrissait la pâte de son ventre et l’arrière ramolli de ses cuisses — sans oublier les plis situés sous les aisselles — jusqu’à obtenir la légendaire argile de Dieu. Une fois modelée, la terre finissait par se fissurer et sécher sous le soleil. Et c’est la soif qui le réveillait. Plus tard, un sculpteur de talent prenait le relais et se chargeait de restructurer son anatomie dans le marbre. Chaque coup de burin redressait sa colonne vertébrale, peaufinait une épaule, affinait un trait du visage ou révélait l’ensemble de ses fibres musculaires. Une fois le travail du potier et du tailleur de pierre terminé, commençait celui du boxeur. Après que des mains imaginaires l’eurent modelé puis sculpté, Otto encaissa uppercuts, directs et crochets. Une frappe à gauche remboitait une pommette trop basse et un coup bien placé réajustait un menton fuyant. On fracturait les faiblesses afin de rééquilibrer les lignes et les contours d’un visage asymétrique qu’Otto jugeait encore trop juvénile, et pas assez viril. Une fois le gros œuvre achevé, sa tête se mettait à ressembler à celle de John Merrick. Sa chair gonflait. Des grumeaux se profilaient de temps à autre dans la préparation d’un gâteau. Il avoisinait presque les mille versions de lui-même, mais n’était malgré tout jamais satisfait des résultats car rien ne changeait jamais. Sa routine ne dérogeait pas au rituel qu’il avait inconsciemment mis en place depuis des mois maintenant. Il resta ainsi de longues minutes à s’observer sous toutes les coutures, essayant tant bien que mal de corriger ce qui allait de travers dans ce brouillon de lui-même qu’il analysait avec dégoût et mépris. Ses passages à la salle de bains se résumaient chaque fois à déceler par-ci, par-là un nouveau bourrelet, une vergeture en plus, un grain de beauté ; ou pire, un bouton à percer. Rien que d’y penser, il en repéra un sur la joue. Ses doigts pressèrent sa peau sèche de chaque côté de l’excroissance pour en faire sortir le pus, mais son propre visage minuscule et crispé se forma à la place. Otto recula d’effroi d’abord, puis se rapprocha à nouveau du miroir brisé : un simple furoncle répugnant. Il se jugeait parfois trop gras. Presque gros. Ses habits du jour — préparés avec soin la veille au soir et taillés S — lui rappelèrent qu’il devrait bientôt sortir en ville. En général, les gens s’efforçaient de remplir leur vie alors que lui cherchait à se débarrasser du superflu : pas de fiancée, pas d’amis, pas de travail, pas de chien ou de chat non plus. Il avait restreint l’entourage familial à son unique sœur. Otto cogna dans le verre sans s’en rendre compte. Son poing termina dans la mâchoire de son reflet — son pire ennemi. L’impact lézarda la surface du verre en dizaines de petites fissures. Les ramifications prirent aussitôt l’aspect d’une toile d’araignée. Son miroir ressemblait désormais à un puzzle incomplet dans lequel se reflétait une douzaine d’yeux caves scrutant les moindres défauts de sa morphologie. Il ne reconnaissait pas ses iris verts. Il s’imagina que des intrus cachés derrière la surface réfléchissante l’épiaient à son insu. À la fois agacé par les dégâts qu’il venait de causer et amusé par cette idée, un sourire jaune se dessina sur ses lèvres. Pourtant, la glace ne renvoyait qu’un visage apathique dénué de rictus. En revanche, une vilaine tache vermeille maculait à présent le verre. Ses phalanges écorchées s’étaient mises à saigner instantanément au moment du choc. Lorsqu’il sortit de la salle de bains au ménage négligé depuis des semaines, il crut entendre un rire espiègle. Au même moment, un tesson de verre tomba au sol. Otto passa la porte sans le ramasser et s’empara d’un rouleau d’adhésif qu’il dénicha dans le tiroir d’une commode en chêne blanchi. Il recolla l’unique fragment de miroir dans la foulée comme on repositionne la dernière pièce d’un puzzle. D’ici qu’il en achète un nouveau, le miroir tiendra bien encore quelque temps — bien que son reflet parût lui aussi rapiécé. Le miroir existait depuis toujours ; long et large, simple et neutre. Il se fondait dans le décor, encastré dans le mur, à sa place. Lors de l’emménagement d’Otto, le bailleur qui lui avait confié les clés de l’appartement était resté très évasif sur son origine. Le bâtiment de type « Flatiron building » dans lequel Otto habitait — et plus particulièrement cette pièce et ce studio — lui donnait l’impression d’avoir été construit autour du miroir plutôt que l’inverse. Otto regarda sa montre — 10 h 01, l’heure de ses gélules de fluoxétine. Il vérifia sans s’attarder l’intérieur du placard où il remisait ses boîtes d’antidépresseurs, puis tergiversa un instant, et renonça finalement à les prendre. Il referma la porte du meuble d’un coup sec avant de mettre sa veste et de partir. Le temps venait pour lui d’affronter la rue. [center]\*[/center] Dehors, Otto croisa le regard d’une fille, le genre BCBG, qui franchissait les premières lignes d’un passage piéton. Elle le gratifia d’un sourire à la fois intimidé et charmeur — sans doute une erreur de sa part, ou une mauvaise interprétation de la sienne. Elle lui jeta un dernier coup d’œil intéressé avant de disparaître derrière lui. Au lieu de ça, les arrêts de bus et leurs publicités lascives le consternaient. Sur l’une d’elles, un éphèbe aux abdominaux saillants, vêtu d’un simple caleçon, vendait les miracles d’un nouveau parfum à la mode. L’avenue dans laquelle il déambulait se transforma peu à peu en un long défilé de pancartes énormes qui envahissaient la vue et gâchaient la monotonie du centre-ville. Dessous, une foule de passants se déplaçait de façon aussi grégaire qu’une nuée de passereaux. Otto se sentait assailli de toutes parts et tenta tant bien que mal de se frayer un chemin à travers eux. Sur les côtés, son reflet semblait le poursuivre à même la surface vitrée des devantures de magasins. L’image d’un monstre défilait de vitrine en vitrine : une sorte d’ogre bossu, drapé de haillons en lambeaux. Au même moment, les nuages déchargèrent des trombes d’eau sur la ville. Otto en profita pour se faufiler entre les citadins qui, de concert, enclenchèrent le ressort de leur parapluie. Le souffle court, Otto se retrouva soudain prisonnier d’une forêt de toiles sombres dressées vers le ciel. En parallèle, le monstre le suivait toujours par une succession de flashs entre les gens et les vitrines. Otto avait beau le surveiller du coin de l’œil, jamais il n’arriverait à échapper aux griffes de cette créature attachée à lui comme une ombre. De grosses gouttes lui tombaient sur la tête chaque fois que des parapluies s’écartaient les uns des autres. En plus des coulis d’eau qui lui dégoulinaient à présent sur le visage et floutaient sa vue en passant devant ses yeux, la lumière des lampadaires trempés et scintillants l’aveugla. Pendant quelques dizaines de mètres, la ville prit l’aspect d’une peinture urbaine diluée par des éclaboussures. Au coin de la rue, il pourrait — devrait — bientôt tourner à gauche, dans une allée dépourvue de boutiques. Il était persuadé que les gens devaient le regarder et le pointer du doigt. Et c’est tel un insecte kafkaïen qui détalait de honte sous un meuble, qu’Otto se mit à courir derrière les rires moqueurs de ceux qu’il appelait les « autres ». Tout ce monde et ces bâtiments lui donnèrent soudain le tournis. L’esprit sens dessus dessous, il se montra incapable de recentrer sa vision sur une ligne de fuite nette et précise. Les vertiges qui le déséquilibraient simulaient presque l’effet d’une caméra grand-angle fixée à la taille, orientée vers son visage afin de le filmer en contre-plongée. Il se voyait de l’extérieur tomber en vitesse accélérée contre les pavés de la chaussée. Pris de nausée, Otto tangua de gauche à droite et finit par heurter un mur au moment même où il songeait à emprunter un détour afin de rentrer chez lui. Le mur possédait des yeux verts et une chevelure gris cendré. Le regard d’une vieille dame, plus surprise qu’effrayée, le dévisagea de bas en haut avec dégoût. Elle le repoussa à l’aide de son sac à main et continua son chemin d’un air hautain. Sans s’en rendre compte, Otto s’était réfugié sous la porte cochère d’un immeuble miteux. Une fois la femme âgée hors de vue, il se pencha en avant pour retrouver ses esprits, délasser ses chaussures et détendre le col de sa veste en espérant que cela l’aiderait à reprendre un peu de souffle. Quelque chose vibra dans la poche de son jean. Lorsqu’il s’empara de son téléphone, le surnom « Quinnie » s’afficha sur l’écran. Sa sœur. Il décrocha à contrecœur. — Oui, allô ? — Tu ne pourrais commencer par un « Salut frangine ! » plutôt que de prendre cette voix de croque-mort et de répondre de cette façon ? Otto se racla la gorge. — Salut frangine ! À l’autre bout du fil, Quinn pouffa. — On n’y croit pas une seconde. Enfin bref, je t’appelais pour avoir de tes nouvelles. Attends une seconde… ne me dis pas que tu refais une crise ? Le ton de sa voix changea de manière subtile, passant de la légèreté complice à l’inquiétude lasse. Otto hésita à tout lui avouer, mais sa sœur avait le don de lire entre les lignes comme dans une boule de cristal. — On ne peut rien te cacher. — Bon sang Otto… elle est comment cette fois ? — Sévère. Mais j’ai connu pire, donc pas de quoi s’affoler. — J’espère au moins que tu prends toujours tes médocs. — Évidemment. Écoute p’tite sœur, c’est de plus en plus difficile pour moi, tu comprends… — Non justement. Si tu te sens si mal, pourquoi n’envisagerais-tu pas un coup de chirurgie esthétique ? Puisque ton bonheur repose essentiellement sur ton physique, c’est peut-être le seul moyen pour toi d’aller mieux. Elle regretta aussitôt d’avoir prononcé — craché — des mots ironiques sous lesquels se manifestait une vieille rancœur. — Tu sais très bien que je refuse d’en passer par là. Et puis je n’ai pas les moyens de toute façon. — C’est dans ta tête tout ça, p’tit frère. On croirait entendre un de ces culturistes atteints du syndrome de — mince j’ai oublié le nom. — Peu importe ! — En tout cas personne ne te demande d’être parfait, Otto, surtout pas moi. — Arrête avec ça, tu parles comme si j’avais des problèmes. Tu n’es pas irréprochable non plus. Ils se renvoyèrent la balle plusieurs fois jusqu’à ce qu’un coup de klaxon claironne sur la droite. Une camionnette venait de s’immobiliser sur le bas-côté, feux de détresse allumés, et bloquait la moitié du passage à toute une file de voitures. Otto se boucha une oreille, téléphone contre l’autre. — Tu es beau depuis toujours, Otto. Mieux que plein de mecs, tu peux me croire. Tu pourrais plaire à plusieurs de mes copines si tu daignais sortir de cet état d’esprit dans lequel tu te morfonds. Elle pria pour ne pas se mettre Otto à dos avec ses paroles trop acerbes. Otto décela un ton chargé de reproches. Il se sentit honteux. Quinn continua : — … c’est vrai quoi, tout ça ne fait qu’empirer depuis que tu macères dans ce nouveau logement. Te reluquer dans ce miroir affreux ne… Son frère la coupa aussi sec. — Écoute, si c’est pour me faire la morale, je raccroche ! Tu te préoccupes de moi comme si j’étais encore un gosse. Harcelé par les avertisseurs sonores des conducteurs impatients, le fourgon redémarra et partit en trombe avant de freiner juste devant Otto occupé à faire les cent pas sur le trottoir. Sa sœur parlait dans le vide ; Otto ne l’écoutait plus, trop absorbé par le reflet étrange qu’il venait d’apercevoir dans le vitrage de la portière de la camionnette. Le monstre l’avait suivi jusqu’ici, mais ce monstre, c’était lui. D’un coup, la pluie cessa. La rue se rétracta sur elle-même, compressée par des forces surnaturelles. Les bâtiments craquèrent des toits aux sous-sols, leurs fenêtres éclatant sous une pression indicible, les édifices s’arc-boutèrent par-dessus la route et les trottoirs situés de chaque côté de la chaussée se mirent à se soulever puis à se recourber l’un vers l’autre. Otto se retrouva nez à nez avec son reflet, presque collé au véhicule. Le monstre aux yeux globuleux avait disparu, remplacé par un jeune Otto plutôt mince et athlétique. Les joues creuses, les lignes parfaites et la mâchoire anguleuse signaient là un idéal de symétrie, esquissé de main de maître par une génétique qui jouait en sa faveur — ainsi que par les années d’efforts d’une vie d’ascète. Mais il finit par rejeter cette réalité trompeuse, dégoûté par les miroirs déformants qu’il détestait par-dessus tout quand ils montraient une image enjolivée de sa silhouette. Certains l’enlaidissaient, mais la plupart l’embellissaient — et c’était pire. Otto tapota son ventre, convaincu que celui-ci débordait de son pantalon. — … et si tu veux, je passerai te voir demain. La voix de Quinn le ramena à la raison aussi vite que si on lui avait jeté un seau d’eau froide au visage. L’hallucination se dissipa immédiatement après, et la rue reprit sa forme initiale. Malgré son cœur qui battait la chamade, ses mains tremblantes et ses sous-vêtements trempés de sueur, Otto parvint à se recentrer sur la conversation et se détourna de son reflet dénaturé. — Excuse-moi, qu’est-ce que tu disais ? — Qu’en cas de crise aiguë, tu devrais rentrer chez toi sans tarder et prendre tes foutus antidépresseurs ! Ah oui, j’oubliais : je viendrais te voir bientôt, c’est promis. — Tu n’es pas obligée. Bon allez, tu sais que j’ai horreur de rester pendu au téléphone pendant des heures. Prends soin de toi. Bisous. — Mais je… Il raccrocha sans même laisser à sa sœur le temps de répondre. Lorsque la camionnette s’éloigna, Otto poussa un soupir de soulagement et prit la décision de faire demi-tour sans passer par la grande avenue. Retour à la case départ, mon vieux. [center]\*[/center] Exténué par les quatre étages qu’il venait de gravir, Otto claqua la porte de chez lui, s’adossa contre le battant puis alluma le luminaire de l’entrée de façon machinale et précipitée. Il hésita à ouvrir son placard afin de ranger sa veste (et prendre ses inhibiteurs malgré l’horaire dépassé), mais s’assura plutôt que celui-ci se fermait correctement. Otto fit coulisser la porte de la penderie à cinq reprises pour vérifier qu’elle glisse jusqu’au bout. Le moindre petit écart l’obsédait autant qu’un aphte au bout de la langue. L’évier près de son canapé-lit fuyait encore. Ce plop régulier l’agaçait au plus haut point depuis quelques semaines, mais Otto n’avait ni le temps ni l’envie de s’occuper de ça maintenant. Consterné, il fouilla dans sa poche à la recherche d’une cigarette qu’il fourra aussitôt entre ses lèvres. Il l’alluma d’un simple coup de pouce blasé sur la roulette métallique d’un briquet noir qu’il balança ensuite sur son canapé matelassé. L’objet tomba sans un bruit sur la moquette, juste à côté d’une feuille blanche tournée côté verso. « Eh merde », murmura-t-il en fermant les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, Otto reconnut son dessin de la semaine dernière. Il ramassa le croquis et le déposa sur son petit bureau en teck collé contre le mur adjacent au coin cuisine, sous la fenêtre dont il n’écartait jamais les volets. Le recto de la feuille affichait le crayonné d’un homme debout, de profil, nu et chauve en train de passer à travers une fine pellicule d’eau. Seuls la tête et les doigts dépassaient derrière la surface liquide. Dans le monde parallèle, les doigts étaient sectionnés au niveau des phalanges. La coupe transversale du faciès ressemblait à un schéma d’anatomie où les portions de chair découpées se suivaient les unes à la suite des autres. La peau décollée du visage flottait tel un masque devant les muscles, les nerfs et l’os du crâne. Son imagination le conduisait, pour l’essentiel, vers ces mêmes sujets de prédilection morbides, et Otto ne pouvait nier cette évidence avec ce dessin. Son enveloppe corporelle équivalait à un tas de viande qu’il avait beau triturer dans les sens avec acharnement, en substance, l’âme restera pour toujours l’inconnue d’une équation infinie. Otto déposa le mégot sur le cendrier plein de la table basse et laissa la cigarette s’éteindre d’elle-même. À côté, une multitude de croquis étalés en éventails tapissaient la surface du meuble. Il tria les dessins du meilleur au moins puis finit par en déchirer un. Un autre prit la tangente, direction poubelle. Calibrer son physique sur un standard illusoire ne lui apportait que de la frustration et lui faisait perdre son temps. Ses idéaux n’étaient que des chimères qui reflétaient ses imperfections. D’un coup de main, il envoya les feuilles — ainsi que les centaines d’épluchures de gommes qui reposaient dessus — valser aux quatre coins de son studio. Il ouvrit la fenêtre, mais laissa les volets fermés puis alla s’affaler dans le canapé. Un faux jour filtra tout autour du PVC en un rectangle de lumière dorée. Vu l’heure (22h22), il s’agissait sans doute des nombreux réverbères de la ville. D’ordinaire, le brouhaha extérieur le berçait et l’empêchait de souffrir de sa solitude quotidienne. Otto passa du canapé au réfrigérateur tel un somnambule, sans vraiment regarder où il allait. Il envisagea même les toilettes avant de revenir à son coin douillet préféré pour s’essayer à toutes sortes de positions improbables dignes d’un contorsionniste. Un rire éclata tout à coup, alors qu’il commençait tout juste à piquer du nez. Ses poumons se rétractèrent et une chaleur sourde s’empara de lui. Ses membres refusèrent de bouger tandis qu’un frisson le parcourait de la tête aux pieds. — Qui est là ? Les yeux exorbités, il balaya la pièce de haut en bas : pas de télévision, pas de radio, juste son téléphone et un ordinateur portable rangé sous la table. Mais il savait au fond de lui qu’il ne s’agissait pas de ça. Quelqu’un s’esclaffa dans son appartement. On se moquait de lui. Et ces rires provenaient de la salle de bains. Une douleur vive le lancinait derrière l’œil droit. Une migraine. Otto en souffrait presque tous les jours. Et celle-ci atteignit déjà le stade où le simple crissement d’une fourchette sur une assiette le rendait fou. Le moment où Otto ne désirait qu’une chose : s’énucléer lui-même, ou bien que quelqu’un l’assomme sur le champ. Le rire ne sonnait plus comme une raillerie désormais, mais comme une tentation contre laquelle il se devait de résister, une sorte d’invitation qu’il refusait d’accepter. Une entité insidieuse tapie au plus profond de ses entrailles le tiraillait entre, rester près du canapé, paralysé par la peur ou, à l’inverse, foncer droit vers la douche afin de prendre l’intrus par surprise. La salle de bains ouverte l’aspira lentement vers elle. Un premier pas timide arpenta la moquette à tâtons. La seconde foulée ressembla au premier pas sur la Lune, et la troisième enjambée, à une épreuve insurmontable. Enfin, le quatrième s’apparenta à un mouvement contrarié. Otto priait pour reculer, mais son pied désobéissait à chaque verset. Ses vêtements s’évaporaient à chaque nouveau palier : pantalon, chemise, chaussette et caleçon tombaient au sol sans même qu’il s’en rende compte. Il arriva nu devant la porte, attiré tel un aimant par une surface métallique, et inclina lentement la tête par l’encadrement afin de jeter un coup d’œil inquiet dans la pénombre. Sa main tâtonna le mur à l’intérieur de la pièce et appuya sur l’interrupteur. Sur ses gardes, Otto s’avança jusqu’au miroir. Il était là, intact, remis à neuf. La lumière des néons circulaires fichés sur le dessous d’une étagère le mettait en valeur. Et dedans, pas de monstre, seulement le reflet d’un physique banal, ni laid, ni beau. Il se moqua soudain du pauvre type qu’il avait sous les yeux. Mais alors que son rire se transformait en pleurs, son reflet continuait de sourire. Il porta la main à sa bouche, effaré par cette vision, et sursauta contre la commode située juste derrière lui. *C’est à cause du traitement que je refuse de suivre à la lettre. Je commence à délirer.* Otto s’assura que son reflet était bien coordonné à ses propres moulinets, mais entre les gestes d’une chorégraphie insensée, ce dernier lâcha un doigt d’honneur dans sa direction. Un « putain » à peine murmuré s’échappa des lèvres d’Otto. Il reproduisit le même geste et son double imita une moue choquée — bouche ouverte, main sur le torse — et se figea quelques secondes avant de retrouver sa posture initiale. N’en croyant pas ses yeux, Otto simula un « non » de la tête. L’autre mima un « oui » de la sienne. Tout en prenant garde à ce que son reflet répète ses propres mouvements, Otto tourna le pommeau du robinet côté bleu à fond. Son cœur bourdonnait jusque dans ses oreilles. Il s’aspergea à plusieurs reprises avec de l’eau froide et s’ébroua au-dessus du lavabo. Dans la glace, le second Otto l’observait avec dégoût. Ce double bougeait indépendamment de son modèle, comme si à force de s’examiner là-dedans, son image s’était littéralement imprimée dans le verre et avait fini par prendre vie. Le mime prit la parole avec une voix d’acier, hors du temps. *Mais pas la mienne,* frémit Otto. D’un coup, la sensation qu’un télépathe venait de déverrouiller les verrous de sa psyché ne fit qu’accroître sa paranoïa habituelle. *Tu n’es rien d’autre qu’un squelette couvert de peau, rempli de sang, de flotte et de graisse*. Otto resta bouche bée, les bras ballants, ne sachant quoi répondre. *J’ai une proposition à te faire, Otto.* Otto hésitait à s’enfuir, mais la curiosité l’emporta sur la peur. — La… laquelle ? *Regarde d’abord par ici.* Sur ces mots, le reflet s’effaça. Des ondes oscillantes apparurent successivement, à l’image d’une flaque troublée par un caillou. Assis au bord d’une baignoire, un Otto écorché des pieds à la tête tenait l’épiderme qu’on lui avait arraché dans ses bras, comme un prince de conte soutiendrait sa bien-aimée encore endormie d’un sommeil profond et mortel. Il la serrait avec regrets, bienveillance et amour. Puis la peau glissa petit à petit de ses mains poisseuses et finit par tomber sur l’acrylique du bain, telle une combinaison de caoutchouc flaccide dont il devait malgré tout se séparer. *J’ai hérité de l’âme. Toi du corps. Mais il ne peut rester qu’un seul Otto.* Abasourdi par les paroles de son double et la vision qu’il avait sous les yeux, Otto se démena avec les zones de ténèbres dans le peu de raison qui résistait encore à leur emprise. L’idée qu’on puisse toucher à son intégrité physique lui donnait la nausée. Jamais il ne pourrait lui-même se faire du mal de la sorte. Il s’en sentait incapable. Ses mains tremblotèrent. La température venait tout à coup de se rafraîchir. Il reprit ses esprits et se rendit enfin compte de sa nudité. Il tira le rideau de douche contre le mur puis accrocha le pommeau au support mural. Il tourna ensuite les deux robinets jusqu’à trouver le bon équilibre entre l’eau chaude et l’eau froide. *Tu peux m’esquiver autant que tu veux Otto, mais je t’arracherai bientôt ce costume flasque et monstrueux que tu portes.* Otto préférait ne plus écouter ce timbre sournois et continua de diriger son regard partout ailleurs que dans la glace. *Qui, du beau ou du moche, se voit tel qu’il est ?* Otto se sentit rapetisser. Il s’enroulait sur lui-même et s’écrasait de l’intérieur depuis trop longtemps. Il doutait tellement de sa santé mentale qu’il s’étonnait parfois de ne pas être déjà enfermé à double tour dans un hôpital psychiatrique. *On sait toi et moi que tu n’es pas foutu de garder un boulot et que tu es maladroit avec les femmes.* Plus l’autre l’accablait de son venin verbal, plus Otto s’enfonçait dans les aspects les plus sombres de sa personnalité. *Redresse-toi quand je te parle ! Pourquoi Anna s’est-elle tirée à ton avis ?* Elle l’avait quitté parce qu’il s’apitoyait en permanence sur son sort. L’emprise que son double exerçait sur lui le fit sortir de ses gonds. Cette fois, c’était trop : – La ferme ! Otto planta son regard le plus ténébreux dans celui de son reflet. Après ça, le mime se tut. Mais ils se mirent à tournoyer tous les deux comme des gamins sur un tourniquet. Leurs deux silhouettes se superposèrent, se calquèrent l’un sur l’autre, et se confondirent en une succession d’images accélérées : une fois laid, une fois beau, une fois beau, une fois laid. Il se retrouva en dehors de la salle de bains en un clin d’œil, nu et persuadé de sombrer dans la folie. Au moment d’ouvrir la porte, une révélation surgit dans un coin de sa tête et le freina net dans sa fuite. Un éclair d’euphorie passa dans ses yeux, sous l’effet d’un « Eurêka » providentiel, poignée à moitié tournée en main. La porte grinça lorsqu’il relâcha le pommeau. Otto revint dans la salle de bains, furieux, et se campa devant le miroir, déterminé à en finir une bonne fois pour toutes. — Montre-moi ! ordonna-t-il d’un ton ferme après avoir claqué la porte de la pièce. L’image reflétée d’Otto s’empara alors d’une paire de ciseaux posée sur le rebord du lavabo. Otto sentit un poids dans sa main gauche. Il baissa les yeux et vit qu’il tenait lui aussi des ciseaux. Cependant, son reflet avait désormais les mains vides. L’eau chaude coulait depuis dix minutes déjà. La pièce commençait à surchauffer. Alors que les vapeurs envahissaient la salle de bains et que les murs carrelés luisaient d’humidité, le miroir ne souffrait pas du moindre centimètre carré de buée. Le reflet traça des lignes pointillées au marqueur noir sur tout son corps, puis désigna Otto du doigt et l’invita à prendre le relais. En nage, Otto pinça les poignées d’amour qu’il s’imaginait posséder. Il tira ensuite de toutes ses forces sur tous les détails qui l’enlaidissaient, hostile envers sa propre chair. « *Du gras, ou de la rétention d’eau ?* » Le pouce et l’index dans les anneaux s’écartèrent et la gueule affutée du ciseau s’élargit jusqu’à se bloquer. Otto piqua la pointe au niveau des lombaires, à travers les replis adipeux qu’il haïssait plus que tout puis enfonça la lame d’un centimètre… Et trancha net. [center]\*[/center] Son poing s’arrêta juste devant l’appartement 101 de son frère. Le cri qu’elle venait d’entendre l’avait glacé sur place à l’instant même où elle s’apprêtait à toquer. Quinn cogna une première fois : à la deuxième, un cliquetis d’ouverture brisa le silence et la porte s’entrouvrit légèrement dans un grincement macabre. — Otto, tu es là ? Quinn se précipita dans la pièce centrale et marcha sur un briquet qui traînait parmi une flopée de dessins éparpillés un peu partout entre le mini-salon, la chambre et la cuisine. Un mauvais pressentiment la gagnait depuis le premier cri qu’elle avait entendu, et le capharnaüm confirma aussitôt que quelque chose ne tournait pas rond. Elle soupçonnait depuis la fin de leur conversation téléphonique que la crise de son frère risquait d’empirer. La salle de bains était fermée, mais de la vapeur s’infiltrait par le jour situé entre la porte et le sol. Quinn s’avança en trombe et fit irruption dans la pièce dont l’air ambiant lui souffla une vague de chaleur en pleine figure. Elle n’y voyait rien à moins d’un mètre à cause de la condensation qui envahissait tout l’espace, du carrelage au plafond. Des gémissements étouffés lui parvinrent de la baignoire. — Otto ? La porte grande ouverte laissait progressivement s’évacuer la brume. Son pied tapa une surface molle et glissante, visqueuse au son. Elle n’osa plus avancer, mais, au contraire, prit le risque de s’agenouiller. Sa vision s’éclaircissait à mesure qu’elle se baissait, puis elle poussa un cri horrifié. Un tas de chair flasque, gros comme son poing, gisait sur le carrelage, entouré d’une flaque de sang teintée de morceaux jaunâtres. Une traînée écarlate partait de ce fragment informe et se dirigeait vers la baignoire. Des empreintes de mains ensanglantées décoraient à la fois le lavabo, le mur et le plancher. *Ce n’est pas possible, dites-moi que c’est de la peinture…* Quinn suivit Otto à la trace. Le rideau de douche était déchiré, et la tringle s’était détachée des deux façades opposées entre lesquelles son frère l’avait suspendu. Dans la baignoire, le plastique couvrait Otto jusqu’au bassin, comme une couverture de survie. Il fermait les yeux et tremblait des pieds à la tête. Elle essaya de l’écarter, mais Otto s’accrochait à elle bec et ongles. Quinn finit par le décoller en douceur, dévoilant peu à peu les plaies de son frère. Entre deux clignements, ses yeux imprimèrent l’atrocité qui se trouvait devant elle par instantanés. Le corps d’Otto était recroquevillé sur lui-même, en position fœtale. Ses paupières s’ouvrirent et révélèrent deux orbites ensanglantées. Une paire de ciseaux reposait à côté de lui, près d’un second bout de chair. Il camouflait les blessures qu’il portait aux flancs, mais ses mains ne pouvaient totalement recouvrir ses stigmates. Une odeur ferreuse lui noua l’estomac. Celle du sang. Du sang partout… Quinn resta paralysée devant cette baignoire rougie. Elle ressemblait à un sarcophage encore ouvert au fond duquel Otto agonisait. Elle devait pourtant lui porter secours, mais une force implacable la clouait sur place, emprisonnant son corps dans les mailles d’un filet qui se resserrait chaque seconde. Alors, elle repensa malgré elle à leur jeunesse, lorsqu’ils couraient dans des clairières de pissenlits et se soufflaient des aigrettes l’un sur l’autre en riant. À l’époque, son frère souffrait de surpoids et de boulimie. Elle aurait dû comprendre ce jour-là. — Allez Otto ! Souffle et fais un vœu. — Ça y est ! — Alors, tu me racontes ton souhait ? — Ça se dit pas ! — Oui, mais moi je suis spéciale, je suis ta sœur. — Bon, d’accord… Otto inspira un grand coup et se lança, tout penaud. — Je veux… je veux être plus beau. Quinn écarquilla les yeux de surprise, sourire d’innocence aux lèvres. — Mais tu l’es déjà pourtant. Ils étaient si jeunes qu’elle n’avait pas pu faire attention au mal-être de son frère. — Mais qu’est-ce qui t’a pris de te mutiler comme ça Otto ? — Qu… Quinnie ? — Je suis là petit frère, ne t’en fais pas. Elle se retint de pleurer pour ne pas inquiéter Otto. Je ne pense pas que tes blessures soient très graves, mais on doit vite aller à l’hôpital. Tu as perdu beaucoup de sang. Quinn ouvrit la commode et sa main s’arrêta juste au-dessus d’une serviette qu’elle déposa ensuite sur son frère avec délicatesse de peur de lui faire mal. — Petit frère, tu dois me dire où tu caches tes pilules. — La fluo… xétine ? Dans le placard. Otto ajouta, dans un effort surhumain pour assembler des mots en une phrase cohérente : — Mais… je suis libre… plus besoin de ça. J’ai gagné. Épuisé, Otto se força néanmoins à sourire. Sa sœur se précipita dans le salon sans écouter la suite et courut jusqu’au placard qu’elle fit coulisser sans contrôler sa force. C’était la première fois que son frère allait aussi loin dans ses délires. D’habitude, les crises se terminaient avec Otto au lit, en pleurs, déprimé, un nouveau régime drastique sur les rails et qu’il respecterait à la lettre durant quelques mois en plus de redoubler d’efforts en salle de sport. Elle continua de fouiller dans la pharmacie entre deux pensées, et les différentes étagères. Aspirines, dolipranes, cachets de vitamine C effervescents, acides aminés en poudre, créatine en gélules : tout sauf les antidépresseurs. Quinn passa en revue tous les vêtements suspendus aux cintres et les écarta les uns après les autres. Elle repoussa le blouson de son frère d’un geste impatient, avant d’entrapercevoir un bout de journal découpé et punaisé sur un panneau de liège fixé dans le placo. Elle activa la fonction « lampe » de son téléphone, puis éclaira le fond du placard. Otto avait accroché des extraits de journaux ou d’articles en ligne au mur, ainsi que des photos d’archives et d’autres plus récentes, vraisemblablement dénichées sur des sites malsains truffés de vidéos chocs. Visages tuméfiés, défigurés, clichés de « gueules cassées » de la Seconde Guerre mondiale, Otto semblait nourrir une obsession pour les anomalies et autres malformations physiques. Quinn se mit à culpabiliser de ressentir à la fois de la pitié, mais surtout du dégoût, devant ces portraits de personnes difformes, atteintes de maladies dégénératives très rares. Au centre se trouvait même une diapositive sépia d’un freak show de cirque. La collection morbide de son frère la répugnait autant que les trames ombrées de ses planches anatomiques. Elle s’en voulait terriblement de l’avoir laissé seul à errer dans la capitale, des années après le décès de leurs parents. Et si elle n’avait pas fui lâchement… L’ampoule de la lampe de chevet s’éteignit tout à coup, et les regrets de Quinn avec. Otto l’appela en gémissant. Quinn s’empressa de retourner dans la salle de bains. Lorsqu’elle se pencha vers lui, elle prit ses mains dans les siennes puis s’effondra en pleurs. — Je n’ai pas trouvé tes médicaments dans le placard, mais j’ai vu les… le reste. Elle l’embrassa sur le front. — Je t’aime petit frère, et je suis sincèrement désolée pour tout ce qui nous arrive. — Non… Quinnie… tu ne comprends pas. Otto se cramponna au rebord de la baignoire. — C’est là-dedans… dans le miroir. Il y a quelque chose à l’intérieur. — Que… quoi ? Il n’y a rien… Quinn s’interrompit au moment où elle se tourna vers la glace. Les néons grésillèrent et une ombre floue passa derrière la buée qui restait sur le verre. Quinn plissa les yeux en s’approchant et recula d’un bond contre la commode. Elle cria de surprise et jeta sans hésiter son téléphone contre le miroir. Ce n’était pas elle qui se reflétait, mais une sorte de version maléfique de son frère. Elle le cribla de tous les objets qui lui tombaient sous la main. Dentifrice, peigne, shampoings, savon, Quinn ne laissa aucun répit au miroir. Les crissements du verre qui se fissurait s’apparentaient à des cris de douleur. Une pluie de bouts de verre resta suspendue dans les airs juste devant elle — comme si quelqu’un venait d’appuyer sur pause. Otto glissa au fond de la baignoire dans un hurlement essoufflé. — Quinnie, qu’est-ce qui se passe ? Réponds-moi ! En face d’elle, le miroir se reconstitua sous ses yeux ébahis. Les débris flottèrent jusqu’à leur emplacement d’origine, puis se recollèrent afin de le reformer et finirent par se consolider les uns contre les autres. Otto enjamba le rebord. Il ne souhaitait pas que cette baignoire devienne son cercueil. La densité de l’air engendrait un climat oppressant. De son point de vue, l’atmosphère lourde provenait directement des enfers. Quinn était plantée devant le miroir, hagarde, à bout de souffle, puis s’approcha finalement de son reflet. — Quinn, ne t’avance surtout pas vers lui, tu m’entends ! Elle ne répondit pas, absorbée par une vision déformée d’elle-même. C’était bien sa silhouette qu’elle apercevait dans la glace ; mais son visage parcheminé, les bajoues tombantes, les pustules au coin des lèvres et des narines ainsi que les cheveux grisonnants ébouriffés l’achevèrent sur place. Le miroir lui volait son image. Son identité. Et surtout sa jeunesse. Est-ce que, d’ici quelques années, elle ressemblerait à cette sorcière qui se tenait devant elle ? À ce vieux débris tout rabougri, plus petit qu’elle, les dents cariées, la peau grêlée et jaunie, des doigts crochus et pétris d’arthrose, comme des serres à la place des mains ? Pour elle, il en était hors de question. — Quinnie ne regarde pas ! Je t’en supplie, ne le regarde pas ! Otto salivait de rage. Ce n’était plus un simple reflet que sa sœur voyait dans le miroir, mais une ombre bel et bien vivante. Des larmes perlèrent au coin des yeux de Quinn lorsqu’elle comprit trop tard. Un cutter s’était déjà téléporté de la main du doppelgänger dans la sienne. F\\\\\\\*i\\\\\\\* \\\\\\\*\\\\\\\*N\\\\\\\*\\\\\\\*