Entretien avec un empire

Un récit de Ludovic Wiart publié sur Novelarium


## « Les réseaux sociaux \[…\] ont montré qu’il n’était pas nécessaire d’en venir à menacer notre propre liberté pour déclencher un réflexe de censure » ## #société #science #santé *Urbi & Robotics a pu s’entretenir avec le célèbre Professeur Roberts. Génie précurseur pour les uns, scientifique mercantile à l’hubris démesuré pour les autres. Profitant de son passage en France, notre journaliste Victor Dupuis a pu interroger l’homme à l’origine du DIG™. Une opportunité rare, quand on connaît sa discrétion dans les médias, qui devrait vous permettre de vous forger votre propre opinion sur le personnage. Entretien.* Urbi & Robotics : Il n’est pas simple d’obtenir une interview avec vous Professeur. Votre planning est si chargé que ça ? Professeur Roberts : En effet, je m’en excuse, les sollicitations sont nombreuses et mes journées ne font que 24 heures. Je partage mon temps entre la société qui commercialise l’inhibiteur de gêne et mes obligations académiques, puisque je continue à enseigner. La période est particulièrement chargée car nous nous apprêtons à sortir une version 2.0 du DIG™ . ### « Si vous ne vouliez pas connaître la réponse, il suffisait de ne pas poser la question ! » D.B. Roberts U&R : Absolument, et nous y reviendrons. Mais avant ça, j’aimerais que vous nous rappeliez, pour ceux de nos lecteurs qui seraient passés à côté de l’invention la plus *bankable* des dernières années, comment fonctionne le Dispositif Inhibiteur de Gêne (DIG™). Dans sa version actuelle pour commencer. Pr R. : Mais bien sûr ! Même si je n’aime pas le terme *bankable*. Nous rendons service à déjà 70 millions de personnes dans une dizaine de pays, et les performances en bourse ne sont que le reflet de ce qu’apporte le DIG™ dans leur vie. Le DIG™ est un dispositif médical, ni plus ni moins qu’une sorte de filtre, qui a la faculté d’éviter l’établissement d’une boucle de rétroaction de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien sur l’amygdale cérébrale. U&R : C’est-à-dire ? Pr R. : Chez un sujet lambda, une humiliation va être détectée comme telle par l’amygdale, qui va déclencher une alerte émotionnelle. En fonction de la nature de cette alerte, le cortex préfrontal et dans une moindre mesure l’hippocampe vont évaluer l’ampleur des dégâts et ajuster l’intensité de la réaction. S’ils jugent la situation sous contrôle, ils enverront en retour un signal inhibiteur à l’amygdale. En revanche, s’il s’agit d’une grosse honte, la libération de cortisol et d’adrénaline dans le sang va rendre l’amygdale plus réactive, et le phénomène s’amplifier. Vous l’aurez compris, l’implant DIG™ ne fait donc que répliquer le signal inhibiteur et tranquillise l’amygdale : tout est sous contrôle, R.A.S. Je précise au passage que nous traitons uniquement ce type de signal – l’amygdale contrôle d’autres émotions, telles que la peur, avec lesquelles nous n’interférons en rien. U&R : J’espère que nos lecteurs se seront accrochés pendant cette explication très détaillée. Pr R. : Si vous ne vouliez pas connaître la réponse, il suffisait de ne pas poser la question ! Si ce n’était pas le fonctionnement qui vous importait, peut-être votre question aurait-elle plutôt dû être : « Quels avantages le DIG™ procure-t-il aux personnes qui en sont équipées ? » Les mots ont un sens. U&R : C’est exact, je tâcherai d’être plus précis par la suite. Diriez-vous que la gêne n’a donc aucune utilité ? Pr R. : Il faut comprendre que d’un point de vue évolutionnel, la gêne a longtemps permis d’assurer la cohésion du groupe, à travers un mécanisme plus subtil que la peur ou l’agressivité. Mais ce mécanisme ne fonctionne qu’à condition que les normes sociales à respecter soient claires et connues de tous. Par ailleurs, plus les contacts sociaux sont fréquents, plus les frontières de l’acceptable ont été explorées, et plus l’on a de chance d’évoluer avec aisance au sein du groupe. Là où cela se complique, c’est lorsque les règles deviennent mal, voire non définies, et où la multiplication des sous-cultures font que les occasions d’interagir avec un groupe homogène se raréfient. On en est arrivé à un stade où l’embarras constitue plus la norme que l’exception, et ne joue donc plus son rôle formateur. ### « Au nom de qui, de quoi, cette police de la pensée est-elle mandatée pour sévir ? » D.B. Roberts U&R : Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la gêne, au malaise, comme obstacle à la liberté. Pr R. : Vous connaissez probablement l’expression « la liberté des uns s’arrête là où celle des autres commence ». Eh bien les réseaux sociaux sont venus contredire cela. Ils ont montré qu’il n’était pas nécessaire d’en venir à menacer notre propre liberté pour déclencher un réflexe de censure. La « gênance », la « malaisance », pour utiliser des néologismes à la mode, sont des prétextes tout trouvés, et n’ayant pas à être justifiés, puisque purement subjectifs. Imparable. Et il existe toute une palette de moyens pour faire régner la terreur : cela va du *smiley*, au mème, en passant par le *ghosting*. Au nom de qui, de quoi, cette police de la pensée est-elle mandatée pour sévir ? Et croyez-moi, les dégâts sont considérables. Il est vrai que c’est un champ d’études trop souvent délaissé, probablement pas jugé assez sérieux, assez noble par mes confrères. Alors, quand une société, une modeste start-up à l’époque, m’a approché dans l’idée de transformer mes théories en un produit, je me suis retrouvé devant le choix suivant : celui de continuer à traiter la conséquence de ces dérives et d’avancer de petite victoire en petite victoire, ou bien de traiter le mal à la source. U&R : Vous dites aussi que la multiplication des choix accroît les opportunités de malaise. Mais ne contribuez-vous pas vous-même à cette tendance en rajoutant le celui de recourir ou non au DIG™ ? Pr R. : Seulement si l’on fait semblant de ne pas vouloir comprendre. Avoir le choix n’est pas un problème en soi ; sans choix pas de liberté. Mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre que l’on a atteint un nombre sans précédent de choix qui chaque jour peuvent conduire les plus indécis d’entre nous à la paralysie : liberté de choisir où on veut vivre, son métier, son orientation sexuelle, si l’on veut des enfants ou non, le menu du jour ou à la carte, sa coupe de cheveux, ses vêtements. C’est sans fin. Rajoutez à ça toutes les injonctions contradictoires auxquelles il faut se plier pour pouvoir se revendiquer comme partie d’un groupe. En décrétant quelque chose « cringe », je tente de dresser une barrière entre eux et nous. Une barrière générationnelle a toujours existé, les enfants se définissant par opposition à leurs parents. Le souci vient de la multiplication de ces barrières. Il devient de plus en plus difficile de faire partie du nous, la taille du groupe se réduisant comme peau de chagrin chaque fois que l’on exclue une composante jugée trop *cringe*. Au bout du compte, c’est la santé mentale qui en pâtit, l’anxiété et l’isolement qui prolifèrent. Et ce qu’offre le DIG™, c’est la possibilité de réaliser ces choix en fonction de nos désirs réels, et non plus en fonction de ce que l’on pense que la société attend de nous. Et ça change tout. U&R : Vous ne vous en cachez pas, la majorité de vos clients sont jeunes. À quoi cela tient-il selon vous ? Pr R. : Je préfère parler de patients. Mes patients sont jeunes en effet, environ la moitié d’entre eux ont moins de vingt ans. Et cela s’explique assez bien. C’est pendant cette phase de construction de sa personnalité que l’on est le plus influençable, le plus sensible à l’opinion des autres. C’est aussi le groupe d’âge pour lequel les normes évoluent le plus vite : ce qui était jugé *hype* un jour peut être ringardisé en un rien de temps. Ce sont leurs fragilités que j’avais en tête lorsque j’ai développé cette technologie et je crois que le DIG™ répond à leurs besoins. U&R : Les retours d’utilisateurs sont plutôt élogieux en effet. Ils affirment que le procédé permet aussi d’agir sur les anciens traumas, est-ce exact ? Pr R. : Absolument. Et ce n’est pas une surprise. Le propre d’un moment gênant est de revenir vous hanter de temps à autre. Un simple mot déclencheur, une association d’idées, et l’on se remémore la scène comme si c’était hier. On envisage des réalités alternatives : et si j’avais répondu cela à la place, est-ce que j’aurais évité d’attirer l’attention sur moi ? Et le mécanisme à l’œuvre est sensiblement le même, à part que le stimulus ne provient pas de vos sens, mais d’un souvenir refaisant surface. Le DIG™ en lui-même ne fait pas disparaître le souvenir. Je sais que certains de nos concurrents sont sur ce segment, et se vantent d'aller « nettoyer » la mémoire. D'un point de vue commercial, c'est redoutable : votre chef vous a humilié devant le client, on purge; vous avez oublié votre ligne en pleine représentation de Macbeth, on purge. On me dit qu’il y a souvent la queue devant ces officines les dimanches après-midi. Il faut croire que les repas de famille restent une source inépuisable de malaises en tout genre. Je vais arrêter d’en parler, ils ne méritent pas qu’on leur fasse de la publicité, même mauvaise. Car, en plus d'être très onéreux, c'est totalement inutile. C’est le point capital, il faut que vos lecteurs le comprennent bien : le cerveau est une machine incroyablement perfectionnée, et il est capable de faire ça très bien tout seul. Il suffit pour cela que le souvenir ne soit plus associé à l’embarras. Dès la pose de l'implant DIG™, la prochaine fois que le souvenir remontera à la surface, il ne provoquera aucune émotion particulière. Il sera donc recatégorisé par le cerveau, traité comme anodin et évacué la nuit suivante, en même temps que les milliers de détails insignifiants de votre journée. U&R : Je vois. On pourrait toutefois arguer qu’il y a de la place pour plusieurs acteurs sur un marché des technologies dédiées à la santé mentale estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. Y a-t-il un domaine où vous avez été vous-même surpris de constater l’efficacité du DIG™ ? Pr R. : Je dirais les résultats des filles dans les matières scientifiques, et en mathématiques en particulier. On savait déjà que la peur de se tromper et d’être jugées était supérieure chez les sujets féminins. Mais je n’avais pas anticipé, je l’avoue, l’ampleur du problème. Lever cette barrière mentale a considérablement rebattu les cartes. Les entreprises de technologie, qui, depuis des années, se battaient pour attirer les rares femmes ayant persévéré dans ce domaine, vont avoir la surprise d’assister dans les dix ans qui viennent à un basculement total avec l’arrivée sur le marché de milliers de jeunes ingénieures décomplexées par le DIG™. ### « C’est un progrès immense, un moyen pour l’être humain de s’affranchir de chaînes mentales qui le retenaient depuis la nuit des temps » D.B. Roberts U&R : Lorsque l’on entend certaines personnalités publiques de premier plan, on se dit que votre technologie a déjà conquis les sphères du pouvoir. Tenez-vous une liste à jour des utilisateurs, et si oui, comment éviter que leurs noms ne fuitent dans la presse ? Pr R. : Question suivante. U&R : Sujet sensible apparemment… À vous écouter, on croirait que la technologie fonctionne parfaitement. Pourquoi votre société prévoit-elle une version 2.0 dans ce cas ? Pr R. : C’est la première bonne question que vous me posez. Cela tient à la remontée de certains patients pour qui, dans des cas particuliers, une totale désinhibition a eu des effets disons… indésirables. Le DIG™ 2.0 sera donc désactivable. U&R : On ne vous sent pas emballé, je me trompe ? Pr R. : Le peu de temps que nous avons ne suffirait pas à lister tous les avantages d’une solution par rapport à une autre. Personnellement, je ne ressens pas le besoin de déconnecter l’inhibition. Mais mon métier consiste à rendre un avis impartial sur la base de faits, et je n’ai pour ainsi dire aucune vie familiale exigeant plus de… doigté. Je ne vous cache pas que mes associés souhaiteraient que je sois équipé d’un bouton *Off* pour que je paraisse moins… cassant dans des interviews comme celles-ci (*rires*). Par ailleurs, à chaque fois que le DIG™ sera désactivé, ce n’est pas que la perception de la situation actuelle qui en sera modifiée, mais aussi celle des souvenirs. C’est pour cela que nous recommandons par défaut de laisser le DIG™ en marche, afin de continuer à bénéficier de sa fonction libératrice permettant de purger régulièrement sa mémoire épisodique. Enfin, compte tenu des opportunités de duplicité plus élevées qu’avec le DIG™ original, il sera demandé aux futurs utilisateurs de signer une charte déontologique préalablement à l’opération. U&R : Tout à fait. Nos lecteurs pourront d’ailleurs la trouver à la suite de la retranscription de notre entretien. On dit que, dans une première version de cette charte, une clause demandait aux porteurs de DIG™ de tenter de parfois mimer l’embarras en présence de personnes non équipées, afin de compenser une attitude trop directe. Pr R. : J’ai pour habitude de ne pas commenter les rumeurs. U&R : J’imagine que vous me ferez la même réponse si je vous interroge sur celle qui circule concernant une migration prochaine vers un système d’abonnement premium, offrant la possibilité d’ajuster plus finement le niveau d’inhibition. Pr R. : Vous imaginez bien. U&R : Je m’en doutais. Laissons les rumeurs de côté dans ce cas. Que pensez-vous de la revendication portée par certaines associations, qui exigent qu’un témoin lumineux indique à chaque instant l’état du DIG™ ? Pr R. : Quelle drôle d’idée. Pourquoi pas un gyrophare, tant qu’on y est ? Et puis un petit panneau à porter autour du cou : « Attention, personne ne cherchant pas à plaire à tout prix ». Ces gens-là ne sont pas sérieux. U&R : Il me reste à vous remercier pour votre temps et votre franc-parler, Professeur. On n’en attendait pas moins de la part du concepteur du DIG™. Un dernier mot pour conclure ? Pr R. : Je comprends qu’une technologie pareille suscite des interrogations, mais je veux aussi être très clair : il n’y aura pas de retour en arrière. C’est un progrès immense, un moyen pour l’être humain de s’affranchir de chaînes mentales qui le retenaient depuis la nuit des temps. Il y aura probablement des ajustements à la marge, mais vouloir s’y opposer est un combat perdu d’avance. [center]Charte déontologique d’utilisation d’un dispositif d’inhibition de la gêne (DIG™) de deuxième génération.[/center] (À lire, comprendre, et signer avant l’opération) Félicitations ! Vous êtes sur le point de bénéficier de l’installation d’un implant DIG™ de nouvelle génération. En rejoignant la communauté DIG™ des utilisateurs, vous contribuez à une société plus fluide, plus confiante, enfin débarrassée de ce frein archaïque qu’est la honte. Afin d’assurer une cohabitation la plus harmonieuse possible entre les porteurs et ceux qui n’ont pas encore sauté le pas, merci de prendre connaissance et de respecter les principes suivants : * Je m’engage à toujours indiquer, lorsque l’on m’interroge à ce sujet, si je suis porteur d’un DIG™, et si celui-ci est activé ou non. * Je comprends que le DIG™ ne peut en aucun cas être invoqué pour se décharger de mes obligations sociales et éthiques. * Je m’engage à me conformer aux demandes des autorités (notamment l’activation/désactivation du DIG™) dans le cadre de procédures légales (auditions, interrogatoires…). * Je m’engage à ne pas chercher à tirer profit du DIG™ pour : * Obtenir des faveurs sexuelles * Manipuler l’opinion sur des questions relevant de politique ou de religion * Influencer des personnes vulnérables * Je m’engage à ne pas dénigrer les personnes n’ayant pas encore exprimé le souhait de se faire équiper ni celles – si le cas était amené à se présenter – qui demanderaient à se faire retirer l’implant. * Je comprends qu’en cas de manquement à ces obligations, je m’expose au risque de me voir refuser l’accès aux dernières mises à jour ainsi qu’aux futures versions du DIG™. Conclusion Ce dispositif médical vise à soutenir le développement personnel tout en réduisant les souffrances sociales. Cette charte établit un cadre de responsabilité afin que cette technologie demeure un outil au service de la liberté, et ne soit pas détournée dans une perspective de domination ou de discrimination. Je soussigné(e) ………, accepte les conséquences psychologiques, esthétiques et sociales de l’installation du DIG™. Je confirme par ailleurs avoir 15 ans révolus au moment de l’opération et être en pleine possession de mes moyens. Date : Signature : Commentaires (7/127) Je viens de regarder le débat du second tour de la présidentielle. C’est vrai qu’il serait utile d’avoir l’information si le président sortant est équipé ou non du DIG. Il n’a pas l’air embarrassé le moins du monde par son bien piètre bilan. Thierry, 42 ans, La Cadière-d’Azur (Var) Je ne doute pas que l’interview du Professeur Roberts va beaucoup faire réagir. Entre les tenants du « c’était mieux avant » et les partisans du transhumanisme qui vont juger que c’est bien la preuve que les émotions humaines sont dépassées et qu’on devrait remplacer cette vieille bécane archaïque qu’est le cerveau par quelque chose de plus binaire (comme un circuit imprimé au hasard), je trouve la démarche du Professeur rafraîchissante. Ce n’est pas parce que certains aspects de la vie moderne en menacent l’équilibre qu’il faut se décider à jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faut savoir raison garder : acceptons de regarder en face les difficultés rencontrées par certains, pour lesquelles cette technologie apporte, semble-t-il, un vrai bénéfice, et ne nous laissons pas aveugler par les promesses chimériques du tout silicium. Marie-Elisabeth, 72 ans, Huisseau-sur-Cosson (Loir-et-Cher) Mais qui a pu écrire une charte aussi cringe !? Louise, 16 ans, Béthune (Pas-de-Calais) C’est grâce au DIG que j’ai aujourd’hui la force de témoigner, qui plus est sous mon vrai nom. À tous ceux qui fustigent cette technologie, parlant de traitement de confort, j’oppose fermement mon histoire personnelle. Victime de harcèlement scolaire entre l’âge de 11 ans et celui de 15 ans, j’ai changé quatre fois d’établissement sur cette période. D’après ce qu’on m’a raconté, tout était prétexte à l’humiliation : ma voix, ma démarche, mes vêtements. Et une fois sorti du collège, ça continuait en ligne. Plus j’essayais de me faire oublier, plus les moqueries se multipliaient. Malgré toute leur bonne volonté, ni mes parents, ni les enseignants, ni les docteurs n’ont été en mesure de mettre un terme aux agissements de mes tourmenteurs, et encore moins de soulager les crises d’angoisse qui en découlaient. Jusqu’au jour où l’on m’a proposé de faire partie des premiers patients à bénéficier d’un implant DIG en Europe. Ça a changé ma vie et j’en serai éternellement reconnaissant à son inventeur. Comme le Professeur Roberts l’explique dans l’interview, cela a eu un effet immédiat sur mon comportement et ma perception des choses. J’ai parfois l’impression qu’il s’agissait d’un autre Augustin à qui tout cela est arrivé. Car le nouvel Augustin ne vit plus dans la peur du regard des autres. Aujourd’hui, je peux à nouveau m’imaginer un futur, et me concentrer sur ce que je veux devenir. Augustin, 17 ans, Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) Ben voyons. Et qui force ces gamins à aller s’abîmer les yeux et le cerveau sur les réseaux sociaux ? C’est la faute des parents tout ça. Ils laissent filer leur progéniture à vau-l’eau et ensuite ils comptent sur la Sécu (financée avec mes impôts !) pour sortir le chéquier et venir réparer les dégâts ? Non, c’est trop facile ça ! Et puis, si les réseaux sociaux sont si dangereux que ça, y a qu’à les fermer, c’est pas compliqué. Mais bon, pour ça, il faudrait que nos politiques aient encore un peu de volonté… Richard, 49 ans, Bar-le-Duc (Meuse) Je suis ravie d’apprendre qu’il y aura la possibilité de désactiver le DIG sur la prochaine version, mais en attendant, comment proposez-vous de gérer les gens équipés du modèle actuel, Monsieur Roberts ? Non parce que j’ai marié ma fille le weekend dernier, et un bonhomme sans gêne s’est posé devant le buffet à huîtres et en a gobé une bonne centaine avant d’être rappelé à l’ordre par son système digestif. Il a blâmé le DIG. Avez-vous un service des litiges auquel je puisse m’adresser afin d’obtenir réparation pour les dommages d’image et financiers qu’il a occasionnés ? Si tant est qu’il ait dit la vérité, et qu’il soit réellement équipé de votre petit joujou… Sandrine, 53 ans, Landerneau (Finistère) Vous pouvez demander au Professeur s’ils n’auraient pas un filtre anti-connerie en préparation ? Non, parce que je connais un paquet de monde autour de moi que ça pourrait intéresser. Josette, 65 ans, Lapalisse (Allier)