Le regard du phoque

Un récit de Meyem publié sur Novelarium


Je ne pensais pas qu’il existait des endroits si reculés, loin de tout, en 2023 ; je suis aux anges. Eriskay. Enfin, pas encore. Pour le moment, je suis coincée sur Barra, l’île juste au sud d’Eriskay. Pour arriver ici, il m’aura fallu trois heures d’avion Paris-Édimbourg, puis quatre heures de train Édimbourg-Oban. Ensuite, j’ai dû faire quatre heures et demie de ferry pour rejoindre Barra. En plus, le voyage n’a pas été de tout repos : le vent était soutenu et la houle bien creusée ; la plupart des passagers vomissaient tripes et boyaux, le navire tout entier était une sorte de cauchemar comique. L’odeur était atroce. Heureusement que j’ai le pied marin. Je suis arrivée à Castlebay après 19 heures, bien trop tard pour espérer attraper le ferry pour traverser le détroit qui me sépare d’Eriskay. Alors je suis descendue dans une auberge de jeunesse, celle tout de suite en face de l’embarcadère. La vieille *white house* est mignonne, mais j’ai découvert en entrant qu’elle sent méchamment le moisi. Heureusement, Pete, mon hôte, m’a fait oublier l’odeur ; c’est un homme charmant à la bonne humeur typiquement hébridéenne et nous avons discuté longuement de mon projet et de ses îles. Les insulaires sont tous adorables ! J’ai un peu du mal à comprendre leur accent, mais je suis sûre que je m’y ferai. J’écris ces lignes en essayant de ne pas tacher mon journal de sauce tartare ; le *fish and chips* est délicieux. Puisque la pluie a cessé, après le dîner, j’irai sur la plage de Vatersay. Pete m’a dit que c’est la plus belle de l’archipel. Je sens que je vais me plaire ici. Aujourd’hui, j’ai pu prendre le ferry de onze heures d’Ardmhòr jusqu’à Eriskay. J’écris ces lignes depuis la cabine d’où je devine ma destination à travers les vitres battues par une pluie horizontale. Je distingue l’île posée sur la mer comme une dame sur un échiquier de vagues grises et noires ; elle domine l’océan de sa silhouette ciselée. En comparaison, Uist n’est qu’une crêpe de tourbe et de sable. Barra est plus haute, c’est vrai, mais l’escarpement des pentes d’Eriskay lui donne quelque chose de mystique, presque magique. Je suis tellement excitée ! La côte approche, les maisonnettes du village se détachent sur les flancs vert tendre des marais. Un groupe de hangars en tôle rouillée ramassés autour d’une jetée couverte d’algues fait office de port, les maisons des *crofters,* elles\*,\* sont éparpillées tout autour comme les satellites d’une étrange planète. Le navire est en train d’accoster, je vais bientôt devoir débarquer. Ce stage de terrain, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée ! Je loge chez l’habitant, au deuxième étage d’une maison de pierres grises sur la rue principale du village (la seule qu’on puisse appeler « rue » à proprement parler). Mon hôte Aodhan (il m’a dit de le prononcer Aiden) n’est pas aussi sympathique que Pete. C’est un ancien pêcheur bourru, qui, si j’ai bien compris les trois mots qu’il m’a adressés, a raccroché ses filets il y a une dizaine d’années. C’est la première fois qu’il s’essaie au *bed and breakfast,* pour arrondir ses fins de mois. Assez froidement, il m’a indiqué ma chambre, la cuisine et mon espace dans le frigo et c’est tout. Je lui ai posé tout un tas de questions, j’étais impatiente d’en apprendre plus, mais j’ai vite eu l’impression de lui extirper les mots par les trous de nez. Peut-être est-il timide ? Je suis un peu déçue, mais ce n’est pas grave, j’aurai l’occasion de me lier avec d’autres habitants. Ils sont moins d’une centaine sur Eriskay et vu la taille de l’endroit, je suis certaine de les rencontrer au courant des deux prochains mois. Je dois filer, il est seize heures trente et le seul magasin de l’île ferme dans une demi-heure, je ne dois pas me louper. Tout doit être prêt pour demain et mon premier jour de terrain. Il est quinze heures, je suis trempée et frigorifiée. On est en plein mois de juillet, mais il ne fait que douze degrés et la pluie et le vent balayent l’île sans relâche. Ça promet. Je suis en Écosse pour étudier la parade nuptiale et les comportements sociaux des cormorans dorés, les *golden shags*, l’oiseau endémique du sud des Hébrides. Ils nichent en juillet et en août et j’ai cru que ça me permettrait d’éviter le pire du mauvais temps, mais j’ai l’impression qu’ici, vouloir échapper à la pluie c’est comme vouloir attraper la Lune. La colonie se trouve sur la côte ouest de l’île, là où la montagne tombe brutalement dans l’océan. Les falaises escarpées y sont blanches de fiente tellement il y a d’oiseaux. J’avais estimé pouvoir les atteindre en une petite demi-heure de marche le long des berges du loch Cracabhaig, mais le terrain est bien plus difficile que je le pensais. Les pentes de Ben Scrien sont couvertes de bruyères marécageuses qui collent à mes bottes et émettent des bruits de succion à chaque pas. À certains endroits, la tourbe est tellement gorgée d’eau que je m’y suis enfoncée jusqu’à la taille ! Sur place, j’ai pris mes marques. Je me suis trouvé un poste d’observation un peu abrité du vent, mais même si je veux profiter au maximum de cette journée, je vais bientôt devoir m’avouer vaincue. Je ne sens plus mes mains, alors j’ai prévu d’aller me réchauffer au pub, le Politician\*,\* le seul de l’île. J’ai tout mon temps, demain, il fera meilleur. J’ai sorti mon carnet pour tromper le malaise qui se coule doucement en moi. Je suis assise au bar du Politician. Je pensais que cette position stratégique me permettrait d’ouvrir la conversation avec les locaux, au moins le barman, mais ça fait deux heures que je couve ma pinte et personne ne m’a adressé la parole. Il règne un silence de morgue ici ! Pourtant, il y a un groupe de quatre pêcheurs à une table sur ma droite et un couple dans la soixantaine sur la banquette près de la fenêtre, alors pourquoi personne ne discute ? La télévision est éteinte. La radio aussi. L’atmosphère est lourde ; on dirait qu’il va pleuvoir à l’intérieur. J’ai bien essayé d’entamer la conversation avec le barman qui doit avoir mon âge, mais chaque fois, il répond à mes questions par un monosyllabe avant de détourner le regard et de fixer le bout de ses chaussures. C’est à peine si j’ai pu lui soutirer son prénom : Alasdair. J’espérais me réchauffer au pub… c’est raté. Il se passe quelque chose d’étrange et les frissons qui me dévalent l’échine n’ont rien à voir avec mon pull encore tout humide de pluie. Ça fait une semaine que je travaille. La météo s’est largement améliorée et j’ai même entr’aperçu le soleil ! Je commence tout doucement à trouver ma routine. Je me lève tôt et me prépare le petit-déjeuner, puisqu’ici le pain est dégueu, j’ai opté pour du porridge à la cannelle. J’essaie d’éviter Aodhan. Il ne m’adresse toujours pas la parole et sa présence me met mal à l’aise. Quand il entre dans la cuisine, c’est comme si la température chutait de plusieurs degrés et j’ai la furieuse envie de m’éclipser. Personne d’ailleurs sur l’île ne m’adresse la parole. Pas un mot. Que ce soit quand je salue les passants dans la rue ou quand je me rends à l’épicerie. Je ne me sens vraiment pas à ma place. Heureusement, il y a la nature et mes oiseaux. J’ai appris à maîtriser la randonnée dans les marécages d’Eriskay, le *carpet bog*. Après quelques centaines de mètres dans le marais, on n’entend plus la mer et les rares voitures qui circulent et c’est comme si je me retrouvais seule sur Terre. Je prends chaque fois quelques minutes pour apprécier. Le loch Cracabhaig est si calme le matin qu’il ressemble à un plateau d’argent poli. Mon travail avance bien, j’ai déjà un comptage approximatif des couples de cormorans et j’ai commencé à consigner des notes sur leur parade. Les photos et les vidéos sont superbes ! En plus, hier après-midi, à marée basse, j’ai repéré un phoque sur les rochers. J’étais tout excitée. C’est vendredi et puisque la semaine s’est plutôt bien passée, j’ai voulu donner une deuxième chance au Politician\*.\* Plus jamais ! Il faisait beau et le vent était juste assez fort pour que les *midges* ne se lèvent pas, une soirée parfaite pour boire une pinte sur la terrasse du pub en somme. De là, la vue sur Prince’s Beach et le Strait of Barra est imprenable. La terrasse était bondée d’un point de vue hébridéen : une bonne douzaine de clients s’y était rassemblée, pourtant, comme la dernière fois, on n’entendait pas un mot. J’ai passé la semaine à me torturer l’esprit pour comprendre ce qui peut bien nourrir l’attitude des insulaires à mon égard. J’en étais arrivée à la conclusion que les locaux me rejettent, car je suis une étrangère, mais force est de constater qu’ils ne se parlent pas non plus *entre eux* ! Bien déterminée à changer cet état de fait, je me suis commandé une pinte et me suis dirigée vers un groupe de clients, le plus grand avec six individus, et je leur ai demandé dans mon plus bel anglais si je pouvais me joindre à eux. Ma proposition a suscité quelques expressions vides, mais personne ne s’y est opposé, alors je me suis assise. Quelle erreur ! J’ai commencé à me présenter et à les bombarder de questions, mais ils se sont obstinés dans leur mutisme. Pire, il y avait quelque chose dans leurs regards verrouillés sur moi, quelque chose de sombre, un désespoir gluant et sans fond. Je me suis mise à me sentir mal, à bafouiller. Si j’avais pu disparaître entre les coussins de la banquette, je l’aurais fait. Je m’apprêtais à faire semblant d’aller aux toilettes quand la main du barman s’est posée sur mon épaule. Sans un mot, il m’a tiré par la manche jusqu’à l’arrière du *Politician*. Je protestais de plus en plus fort et puis il m’a cloué le bec avec la phrase la plus cheloue que j’ai entendue : « *You should not have come here. You should not try to speak with them, they are long gone. Leave as soon as you can. Do not let them contaminate you. Do not let them stare at you*. » Il m’a lâché la manche avant de s’en retourner dans l’établissement, m’abandonnant plantée là comme une poire. Une poire terrifiée. De quoi il parle ? Me contaminer ? *Stare* ? Je ne dois pas les laisser me fixer du regard ? Ça n’a aucun putain de sens ! J’en avais assez de cette soirée irréelle, je suis rentrée fissa dans ma chambre pour consigner cette rencontre. Je vais prendre un peu de distance et passer le week-end sur Uist. Il y a décidément quelque chose de pas net sur Eriskay. Mon week-end sur Uist aurait dû être parfait. Le soleil était au rendez-vous (autant que faire se peut dans les Hébrides) et j’ai pu décompresser un peu après ma semaine plus que bizarre. Je suis montée apprécier le panorama de l’archipel depuis le sommet de Beinn Mhor et je suis allée nager sur West Coast Beach. Je n’ai jamais vu une eau si claire et turquoise, les plages d’Uist feraient pâlir les plus belles plages des Caraïbes. Dommage que l’océan ne soit qu’à dix degrés… Pourtant, tout au long du séjour, quelque chose n’a cessé de me troubler : ici, les locaux sont adorables. Ils sont accueillants, chaleureux, joviaux ; Rupert, mon hôte pour le week-end est tellement bavard qu’il m’a fallu presque une heure pour lui signifier que je voulais partir en randonnée. Le contraste entre les habitants des deux îles est saisissant et confirme mes craintes. J’ai beaucoup hésité, mais ce soir, avant mon départ, je vais interroger Rupert. Je vais lui demander ce qu’il se passe vraiment avec les gens d’Eriskay. Je suis de retour dans ma chambre chez Aodhan. Il est tard – plus de minuit – et je devrais me coucher pour ne pas galérer demain sur le terrain, mais je veux consigner ma discussion avec Rupert pour n’oublier aucun détail. C’était surréaliste. Je ne trouve pas d’autre mot. Je lui ai proposé que nous buvions un thé ensemble avant que je reprenne la route ; il ne s’est pas fait prier deux fois. Son regard s’est allumé à l’idée de pouvoir bavarder sans interruption autour d’une « *cuppa »*. Nous nous sommes installés dans son séjour avec vue sur la baie de Lochboisdale et il a commencé à me parler de la météo. J’ai coupé court à ce cérémoniel britannique pour rentrer dans le vif du sujet. À peine ai-je prononcé le nom d’Eriskay que l’étincelle dans ses yeux a disparu, j’ai soufflé le froid sur son cœur comme on souffle une chandelle. Il a soupiré. Longtemps. Et puis il m’a dit qu’il était étonné que je ne le mentionne pas plus tôt. Je lui ai demandé s’il se passait quelque chose sur l’île pour que les gens se comportent de manière si étrange. Rupert se tortillait dans son fauteuil. Il s’est mis à suer et a rapidement exprimé l’envie de ne pas en parler, mais j’ai insisté, j’ai supplié. Il a fait mine de s’en aller. C’est alors que j’ai émis l’idée que ce serait de ma faute, parce que je suis noire. Il s’est tout de suite rassis et m’a pris la main. Il m’a longuement expliqué que cela n’avait rien à voir avec moi, que les insulaires ne repoussent pas les étrangers, que l’accueil dans les Hébrides est une seconde nature et que la seule chose que les locaux craignent, c’est d’un jour manquer de whisky (une référence à un vieux roman de McKenzie, *Whisky Galore* que je devrais lire). J’ai cru que je le tenais, j’ai insisté une fois de plus et son visage s’est contracté. La douleur qu’il ressentait à évoquer le sujet semblait réelle. Il a fini par me lâcher une unique bribe d’info : « *the people on Eriskay did something bad. Really bad. The fairies will never forgive them and neither will anyone on this planet* ». Les habitants d’Eriskay ont fait quelque chose de très grave et les fées (ou bien était-ce « *ferry »* ? impossible d’être sûre avec leur accent) ne leur pardonneront jamais. J’étais pantoise. Rupert en a profité pour se lever. Sur le seuil, avant de disparaître, il a ajouté : « *the only thing I can add, is that you should leave. As soon as you can* ». Je ne sais pas si je vais pouvoir dormir ce soir. J’ai passé la semaine à faire des recherches sur ce que m’a dit Rupert. Je n’ai rien trouvé dans l’histoire de l’île qui pourrait correspondre à cette faute grave dont il m’a parlé. En 1941, ils ont profité du naufrage d’un navire marchand pour en piller les cales pleines à ras bord de whisky, mais cela ne justifie pas une condamnation aussi violente. Et puis, je ne pense pas que les fées en aient quelque chose à faire du whisky. Parce que oui, maintenant je suis certaine, il n’a pas dit « *ferry »,* mais « *fairy »*, les fées. En fouillant un peu sur internet, j’ai appris que les légendes gaéliques regorgent d’allusions à ces créatures. Elles représentent souvent la chance, le destin et les tragédies (elles attirent les bergers dans les marais pour les noyer), mais aussi certains aspects primordiaux de la nature. Elles sont centrales dans la relation qu’entretiennent les insulaires avec leur environnement et j’ai même lu que beaucoup avouent toujours croire à leur existence, c’est assez touchant, je dois dire. Cela dit, ça ne m’avance pas beaucoup. Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose d’étrange et cette fois-ci, ce n’était pas avec un local ; enfin, pas à proprement parler. J’avais terminé le suivi de mes couples de cormorans témoins — certains œufs sont déjà éclos ! — et je voulais voir si les nichées plus bas sur la falaise avaient du retard à cause de l’exposition aux embruns qui fouettent souvent les corniches. La baie qui abrite la colonie est formée de deux avancées dans l’océan, et la protrusion au nord est moins escarpée que celle au sud. Après avoir longuement tâtonné, j’ai trouvé une vire herbeuse pas trop raide qui me permet de descendre à mi-hauteur de la falaise. Avec mes jumelles, je pouvais observer les nichées plus proches de l’eau. En balayant les corniches les plus basses, là où les vagues se fracassent contre le gneiss noir, j’ai rapidement repéré une forme dans la houle. J’ai d’abord cru que c’était l’une de ces bouées qui marquent les pièges à langoustines, mais avec les jumelles j’ai vite identifié le visiteur : un phoque gris. J’étais tout excitée et j’ai passé les minutes suivantes à l’étudier en retenant mon souffle. Seule sa tête pointait de la surface sombre de l’océan, il était immobile, le regard fixé sur moi. J’avais de la chance, cette créature d’ordinaire si timide se montrait curieuse avec moi ! La magie du moment s’étirait, mais la pluie a redoublé d’intensité, alors j’ai repris le comptage de mes oiseaux avant d’entrer en hypothermie. À ce moment, je n’avais qu’une pensée à l’esprit, un bon thé noir avec un nuage de lait et un plaid. Il m’a bien fallu une heure pour terminer ; j’étais transie. J’ai jeté un dernier coup d’œil vers les vagues pour voir si mon nouvel ami s’y trouvait toujours. C’était le cas. Exactement au même endroit et complètement immobile. Pas besoin d’avoir un doctorat en éthologie pour se rendre compte que ce n’est pas un comportement normal. Je me suis demandé si ce que j’observais était un phoque mort et coincé dans les rochers, mais c’était impossible. Le grossissement de mes jumelles me permettait de distinguer ses naseaux s’ouvrir et se fermer à chaque fois que les vagues passaient par-dessus sa tête. Et puis, j’avais l’impression qu’il me fixait moi, qu’il soutenait mon regard à travers les jumelles. J’ai commencé à frissonner intensément et à me sentir malade, alors j’ai tout remballé et je suis partie au pas de course. Je crois que je deviens folle. Je ne suis pas folle ! Ça s’est reproduit aujourd’hui ! Je me suis rendue sur le promontoire qui surplombe la baie assez tard ce matin. Un sale vent s’était levé pendant la nuit et la pluie balayait cruellement l’île ; j’ai préféré attendre que ça passe. La marée était basse et les écueils couverts d’algues brillaient dans la clarté grise de cette mi-journée morose. Je n’avais pas le moral, je n’ai presque pas dormi. Quand j’ai aperçu la baie, mon cœur a manqué un battement : un groupe de phoques était rassemblé sur les rochers. Ils étaient cinq, quatre femelles et un mâle assez jeune, à se prélasser, éparpillés sur le varech gluant. J’étais toujours secouée alors j’ai préféré rester à distance pour les observer un moment aux jumelles. Je n’ai rien noté d’anormal : les femelles faisaient la sieste tandis que le mâle gardait un œil attentif sur son harem — un comportement tout à fait ordinaire, la période de reproduction du phoque gris s’étire jusqu’à la mi-juillet. Finalement, rassérénée, je me suis résolue à descendre vers la falaise pour continuer mes relevés. À peine avais-je atteint le bord du précipice que les cinq phoques se sont jetés à l’eau. J’ai pensé que je les avais surpris et qu’ils avaient pris la fuite, apeurés, mais bien vite, cinq têtes ont émergé de la surface de l’océan comme des bouchons. J’ai senti ma gorge se serrer. Quand le phoque gris croit voir un prédateur, son premier réflexe est de se jeter à l’eau où il est moins vulnérable que sur terre. Ensuite, il tend à garder un œil méfiant sur la menace ; il plonge, tourne autour du danger pour l’observer sous tous les angles et s’il juge que le risque est trop grand, il disparaît à toute vitesse dans les profondeurs. Mais cette fois encore, les cinq phoques sont restés à me fixer, sans ciller, leurs yeux braqués sur moi, épiant le moindre de mes mouvements. J’ai commencé à paniquer. Pourquoi ces animaux ne se comportent pas comme des phoques ?! Une sueur froide a trempé mon dos et collé à ma veste en Gore-Tex. Lentement, j’ai longé la côte vers le promontoire au nord de la baie, et aussi sûrement que si ce fut celles de gardes sur un mirador, les cinq têtes ont suivi mon déplacement. C’est quoi ce bordel ? J’ai réussi à rassembler le courage de prendre une photo puis j’ai remballé mes affaires et je suis rentrée. Je ne sais pas si je vais oser retourner sur la baie. Toutes les fibres de mon corps me hurlent que cette île est un cauchemar et que je devrais fuir, mais ce stage, je ne peux pas le foirer. Que dois-je faire ? Si seulement j’avais quelqu’un à qui raconter ça qui ne me prendrait pas pour une timbrée. Je ne suis pas allée sur le terrain aujourd’hui. L’idée que les phoques pouvaient m’attendre là-bas était insurmontable. À la place, j’ai essayé de me détendre comme je le pouvais : je me suis installée sous la couette avec une bonne série, quelque chose de léger, une romance pour chasser les images étranges qui me hantent. Et puis j’ai eu envie de scones avec de la *clotted cream,* alors je me suis rendue à l’épicerie, mais arrivée devant la boutique, j’ai failli faire demi-tour : Alasdair – le serveur du Politician *–* fumait, adossé contre la façade en tôle ondulée le temps que passe l’averse. Et puis quelque chose a fait clic en moi, je me suis ressaisie et j’ai pris mon courage à deux mains. Il m’a vue approcher à grands pas, je devais faire une drôle de tête, parce qu’il a écrasé sa clope roulée dans le cendrier et il s’est redressé l’air inquiet. Aucun doute, il me reconnaissait. Il a fait une remarque sur la météo ; je l’ai ignorée. « *What the fuck is wrong with the seals ?* » Je n’ai pas réfléchi, j’ai balancé ma question de but en blanc avant de me rendre compte qu’elle n’avait sûrement aucun sens. Sauf que quelque chose a changé dans son visage, la tension a laissé place à quelque chose de plus doux, et de profondément triste. Un spleen indescriptible. Il a laissé échapper un gros soupir : « alors tu les as vus ? Tu n’aurais pas dû ». Être mystérieux, c’est une sale habitude qu’ont les habitants d’Eriskay et je crois qu’aujourd’hui, j’en avais assez. Je lui suis rentré dans le lard. J’exigeais des explications et pas de vagues menaces occultes, mais c’était comme questionner les murs. La seule chose qu’Alasdair a bien voulu me dire, c’est que les phoques ont cessé de se comporter normalement depuis des années. Quand je lui ai demandé si c’était ce qui rendait les locaux aussi étranges, il a acquiescé d’un bref mouvement du menton « *The seals’ glare is a burden like no other* », et puis il a pris l’air distant : « *But they deserve it. We all do* ». C’était encore cette notion de culpabilité qu’avait déjà mentionnée Rupert. Je me suis enfoncée dans la brèche, je lui ai demandé si ça avait un rapport avec les *fairies*. Il a à nouveau hoché la tête, avant de se rendre compte qu’il répondait à mes questions et de verrouiller ses lèvres avec une nouvelle cigarette. Je me suis emportée de plus belle, les fées, ça n’existe pas ! Alors qu’est-ce que c’est que ces histoires, qu’est-ce que les insulaires ont bien pu faire pour mériter leur punition ? Alasdair m’a longuement observée, son regard brouillé par la fumée âcre de sa clope. Je sentais qu’il me jugeait. Cette étrangère était-elle digne du secret que portait l’île ? Il n’a pas dû le penser, car la dernière chose qu’il m’ait dite avant de tourner les talons et de partir, c’est « *we are not talking about the same fairies, ours lived in the ocean* ». Comme après chacune de mes interactions avec les locaux, je suis rentrée dans ma chambre avec plus de questions que de réponses. Je n’ai pas quitté le village depuis une semaine. Je n’ose pas me rendre sur le terrain, je suis terrorisée à l’idée de me retrouver seule avec les phoques. Je ne sais pas comment je vais pouvoir justifier ce trou dans mes données à mon directeur de projet. L’autre jour, il m’a envoyé un email pour me demander comment ça allait ; évidemment, j’ai répondu que tout se déroulait à merveille parce que j’ai peur qu’il me prenne pour une folle et qu’il annule tout bonnement mon stage. Hier matin, je me suis réveillée avec la poitrine comprimée et mon corps était secoué de spasmes. J’ai d’abord cru que je faisais une crise cardiaque, mais en voyant que les symptômes ne passaient pas et que je ne m’effondrais pas raide morte, j’ai compris que c’était une crise d’angoisse. Encore une. Je n’en avais plus fait depuis le collège… Pour tuer le temps, je fais des recherches, bien installée dans le salon d’Aodhan, au coin du feu de tourbe. J’adore entendre la pluie tambouriner au carreau et le vent hululer sous les portes quand je suis bien au chaud sous un plaid. Ce repos forcé a été fructueux, je crois que j’ai enfin compris ce que sont les *fairies* d’Eriskay : un poisson. Longtemps, l’île était renommée pour la pêche d’une espèce endémique de la famille des rascasses, *Scorpanea faeria,* le poisson-fée. J’ai eu beaucoup de mal à en trouver une photo, il semblerait qu’une étrange pudeur ait toujours entouré la pratique de cette pêche. Ça me fait penser à l’ortolan, en France. Les *fairies* sont, ou plutôt étaient, un poisson magnifique, orné de pointes dorées et de nageoires comme des voiles diaphanes. Rien d’étonnant à ce qu’on leur ait prêté un caractère magique. Apparemment, leur chair était un mets extrêmement raffiné et le prix au kilo pouvait atteindre plusieurs dizaines de milliers de livres sterling. De ce que j’ai compris, avant que le tourisme dans les Hébrides ne prenne de l’ampleur dans les années deux mille, la pêche aux *fairies* était l’unique source de revenus d’Eriskay. Évidemment, la population du poisson a rapidement décliné et il semblerait qu’il soit considéré comme éteint par les scientifiques depuis le milieu des années quatre-vingt-dix. Pourtant, en fouillant les archives de l’Hebridean Herald, le journal local, j’ai retrouvé un article datant de deux mille onze intitulé « *The last fairy is dead* ». Sur la photo qui accompagne le texte, on peut voir un chalutier en rade du port d’Eriskay. Le texte raconte qu’un spécimen venait d’être capturé par les pêcheurs pour la première fois depuis des décennies, ce qui a marqué pour eux la mort de la dernière fée. J’ai du mal à faire sens de toute cette histoire, mais j’ai l’impression de toucher au but. Je pense que les fées et les phoques sont liés. À ma connaissance, un tel comportement n’a jamais été observé dans le royaume animal. Si je veux devenir éthologue, je dois prendre mon courage à deux mains pour documenter ce qu’il se passe ici. Aodhan m’effraie. Depuis une semaine que je suis toute la journée chez lui, son humeur ne fait qu’empirer. S’il tolérait ma présence au début, dorénavant, c’est à peine s’il peut rester dans la même pièce que moi. Si d’aventure je devais le croiser, il baissait immédiatement les yeux et s’enfuyait en courant. Il venait tout juste d’entrer dans le salon alors que je terminais ma note précédente. Il a claqué la porte si fort qu’un cadre est tombé du mur et s’est fracassé au sol. Depuis, je l’entends pleurer dans sa chambre. Je crois que je vais devenir folle… Aodhan s’est suicidé ! Je ne peux plus respirer. Ma main tremble. Peux plus écrire. Comment en suis-je arrivée là ? Ce matin, j’ai été réveillée par les sirènes d’une ambulance. J’ai rapidement compris que quelque chose n’allait pas quand la fourgonnette s’est garée devant la maison et que les secouristes ont déplié leur civière avant de foncer à l’intérieur. Debout au milieu de sa pelouse, Mrs Campbell, la voisine, était figée comme une statue de cire, un fantôme en peignoir dans la bruine matinale. Il était six heures trente. Je me suis habillée en vitesse et suis descendue. L’un des ambulanciers m’a tout de suite saisie par le poignet pour me tirer à l’extérieur en me disant que je ne devais pas voir ça. Finalement, c’est Mrs Campbell qui m’a appris la nouvelle. Son visage jaunâtre était creux et ses lèvres tremblaient. Aodhan était mort. Elle avait aperçu son corps par la fenêtre de sa cuisine alors qu’elle préparait le thé et c’est elle qui avait appelé les autorités. L’information a coulé sur mes épaules comme une chape de plomb glacé ; ma vision s’est brouillée et j’ai perdu pied. Les ambulanciers se sont occupés de moi. Ils m’ont ramassée sur le gazon mouillé, ont pris ma tension et m’ont donné un morceau de sucre à sucer avant de me confier à Mrs Campbell. Elle m’a conduite dans sa cuisine ou nous nous sommes assises autour d’un thé. Nous n’avions pas la force de rompre le silence pesant qu’avait jeté le suicide d’Aodhan sur notre monde. Je ne le connaissais pas si bien que cela, mais c’est la première fois que je côtoie la mort de si près. Et puis, une part de moi ne peut s’empêcher de penser que c’est de ma faute s’il a commis l’irréparable. Il est étrange depuis le jour de mon arrivée, mais son comportement a vraiment empiré quand j’ai arrêté de me rendre sur le terrain. Sur une île minuscule comme Eriskay, les nouvelles volent plus vite que les mouettes et soufflent plus fort que le vent. Nos thés n’ont pas eu le temps de refroidir qu’un petit comité de locaux s’était rassemblé le long de la clôture du jardin d’Aodhan. Les badauds fixaient la façade l’air absent et c’est à peine si le murmure qui s’échappait de la congrégation parvenait à porter au-dessus du bruit de la houle. L’ambulance était partie depuis longtemps. J’ai observé ce morbide ballet, une fresque irréelle, les multiples visages du choc et du deuil. Et puis Alasdair est apparu, sa carrure effilée surplombant le reste de la foule d’une bonne tête. Il avait un bonnet de laine tricotée rouge vissé sur sa crinière rousse et une cigarette entre ses mâchoires serrées. C’est en voyant son expression de profonde tristesse que quelque chose a changé en moi : pourquoi les locaux se torturent-ils ainsi ? Pourquoi font-ils tant de mystères et qu’ont-ils bien pu faire pour mériter tant de souffrance ? J’ai enfilé ma veste et remercié Mrs Campbell pour le thé avant de m’élancer dans la rue. Alasdair avait déjà tourné les talons et disparaissait dans la pluie à grands pas. J’ai piqué un sprint et l’ai attrapé par le bras ; à mon tour de m’imposer. J’ai exigé qu’il m’explique pourquoi Aodhan se comportait aussi étrangement, pourquoi il s’est suicidé. Je lui ai demandé comment faire pour que tout ce cinéma cesse. Le barman a rallumé sa clope et m’a simplement intimé de le suivre. Alasdair habite sur les limites du port d’Eriskay, là où les dunes de Prince’s Beach embrassent les marais de leurs bras de sable fin. Il nous a fallu un bon quart d’heure de marche pour rejoindre la maison à deux étages adossée à la plage. Alasdair m’a tenu le portillon de la clôture ouvert le temps que j’entre dans le jardin. Les murs de pierres grises abritent un royaume de quiétude végétale du vent des embruns. Les hortensias bleus y poussent et forment des boules denses et odorantes et les roses trémières conquièrent les tas de pièges à homards éparpillés ici et là comme les vestiges d’une vie passée. Plutôt que de se diriger vers la maison, Alasdair m’a guidée autour et vers une dépendance dissimulée au fond du jardin. Nous sommes entrés et il a allumé la lumière pour éloigner les ténèbres jetées par le mauvais temps dehors : nous étions dans son atelier ; Alasdair est peintre. Son atelier est un véritable capharnaüm. Un enchevêtrement de chevalets, de caisses en bois, de toiles abandonnées en vrac, de pots de peinture et de térébenthine renversés et le tout moucheté de taches colorées. Quand je lui ai fait part de ma surprise, il m’a rétorqué amèrement que même les péquenauds des îles sont sensibles à l’art et je me suis sentie bête. Les tableaux d’Alasdair sont magnifiques. Il peint les paysages des Hébrides comme personne. Il arrive à capturer avec brio les contrastes propres à ces terres inclémentes : l’anthracite du ciel et le turquoise de l’eau, le pourpre des bruyères et le noir du gneiss. Il reproduit les montagnes et les lochs en pointillés, mais avec une netteté qu’on ne retrouve pas toujours chez Monet. Il en résulte une qualité presque photographique, mais teintée d’onirisme. Pour rattraper ma bourde, j’ai largement exprimé mon admiration pour les œuvres d’Alasdair, mais son visage est demeuré fermé. Pendant que je m’extasiais, il farfouillait au fond de l’atelier pour extirper une toile du bric-à-brac. Il a ensuite cherché la clarté du jour qui pénétrait difficilement les carreaux poussiéreux et a étudié longuement sa trouvaille. C’était une petite toile carrée qui ne devait pas faire plus de vingt-cinq centimètres de côté. Et puis, il m’a appelé à ses côtés. Ç’a été un vrai coup de poing ; le regard du phoque m’a percé de part en part. J’en ai eu le souffle coupé. Alasdair avait représenté l’animal avec une précision surnaturelle, ses yeux directement braqués sur l’observateur emplis d’une insondable tristesse et d’un amer reproche. C’était le regard auquel j’avais été confrontée sur la falaise. Quand j’ai retrouvé mes mots, je lui ai demandé ce qu’il me montrait. Je vais maintenant essayer de retranscrire en français et le plus fidèlement possible la conversation qui s’ensuivit : — C’est ce qui a tué Aodhan, m’a-t-il déclaré. — De quoi ? — Ce regard, le regard du phoque, c’est ce qui a tué Aodhan. Il n’a plus supporté la culpabilité qui accompagne ce regard. Il faisait partie de ceux qui ont tué les fées. — Quel rapport avec moi ? Pourquoi a-t-il décidé de se suicider maintenant que je passe du temps chez lui ? — Tu ne comprends toujours pas, hein ? Alasdair a alors posé la toile pour se rouler une nouvelle cigarette. — Quand Aodhan te regarde, c’est le regard du phoque qui lui répond. Comme toujours, l’air mystérieux que se donnent les locaux a commencé à me taper sur le système et je me suis emportée. — Mais je ne suis pas un phoque ! Je n’ai rien à voir avec votre histoire de fée ! — Les phoques ont cessé d’être phoques le jour où nous avons tué la dernière fée, mais l’ampleur de notre faute va bien au-delà de cet acte, notre barbarie est incommensurable. Ces animaux que nous voyions comme nos voisins existaient en symbiose avec les fées et nous avons détruit cet équilibre magique pour vendre du poisson hors de prix à des trous du cul richissimes, mais nous avons aussi ravagé leur écosystème, massacré leurs petits, bétonné leurs côtes et pillé leurs fonds marins. Les fées, c’était l’acte de trop. — Je ne comprends toujours pas ce que ça à voir avec moi, lui ai-je rétorqué. Je n’arrivais pas à croire ce qu’il me racontait. — Les phoques ne vivront plus jamais dans un monde peuplé de fées, et toi, nos enfants et leurs enfants non plus. Jamais ils ne connaîtront la Grande Barrière de Corail, les baleines bleues, la forêt amazonienne, les glaciers alpins et les plages vierges. Ce que nous avons détruit ne reviendra plus et le regard du phoque nous a mis face aux crimes que nous avons commis envers les générations futures. Nous sommes confrontés à l’insondable culpabilité de ceux qui ont détruit le monde. Chaque fois qu’Aodhan te regardait, il voyait une jeune femme pleine de vie, passionnée par la nature et la seule chose à laquelle le regard du phoque lui permettait de penser, c’était le futur que nous t’avons collectivement laissé. Un héritage de douleur et de poussière stérile. Ta venue, c’était trop pour lui. Mais ne t’en veux pas, ça fait des années qu’il lutte contre la dépression, depuis que nous avons pêché ce foutu poisson. Ça devait arriver. Alasdair a ensuite longuement tiré sur sa cigarette, avant d’ajouter : — Tu sais, quand je te regarde, c’est la même chose que je vois. — Mais pourquoi ? T’es à peine plus vieux que moi. — Pourtant, j’ai déjà participé au carnage et depuis que j’ai subi le regard du phoque, j’en ai une conscience aiguë. Et puis, c’est mon père qui a pêché la dernière fée ; j’étais avec lui sur le bateau. Il a terminé sa cigarette avant d’écraser le mégot directement au sol de l’atelier. J’avais l’impression de nager en plein délire. Dans le clair-obscur de la pluie écossaise, les contours de ma réalité se diluaient, les contes folkloriques sourdaient à travers le voile de la fiction, l’avenir incertain de la biosphère prenait des accents de prophétie magique. La panique s’est levée dans mon estomac comme une houle. Et puis mes mains se sont refermées sur mon appareil photo que je portais en bandoulière. — Je veux voir. Il a accepté, mais son bateau n’a pas vogué depuis des années. Pendant qu’il fait le diagnostic du moteur, je prends ces notes pour être sûre de pouvoir retranscrire cette journée hors norme dans ses moindres détails. Nous partons dans deux heures. J’ai vu le regard du phoque et rien ne sera plus jamais pareil. À peine avons-nous quitté le port d’Eriskay, qu’ils nous ont encerclés. Ça a d’abord été une poignée d’animaux, puis une douzaine. Leur nombre croissait, en réponse à un signal imperceptible qui circulait dans l’océan comme un courant électrique. Des centaines de têtes étaient braquées sur nous, les regards nous clouant sur le pont du chalutier, papillons coupables sur un morceau de liège. Je n’ai jamais rien ressenti de pareil. Le regard du phoque. Je comprends maintenant quelle est ma place dans ce monde, quelle est ma part de responsabilité. *Ceci est la dernière entrée du journal d’Érica Millereau.*